jeudi 14 mai 2026
Océan du Nord
lundi 11 mai 2026
La saison des pluies à Brazzaville
Retour des pluies à Brazzaville : à quoi s’en tenir ?
Répondant à un cycle naturel, la saison des pluies a succédé à une saison sèche qui semblait ne plus en finir à cause des chaleurs accablantes des après-midi et des fins de soirée. Pourtant, le retour de la pluie a été spectaculaire, presque irréel et s’annonce impitoyable pour la ville de Brazzaville qui ne se sera pas, une fois de plus, préparée à l’accueillir.
Après trois mois de saison sèche, de poussière et de moiteur, disons-le de suffocation, la saison des pluies qui s’annonçait en prodromes par des averses courtes, légères, fines aux impressions tactiles presque imperceptibles a laissé place à un ciel lourd le lundi matin, tellement sombre qu’on a cru que le soleil ne se lèverait pas ce jour-là.
Les écluses des cieux se sont ouvertes aux alentours de 07h15, déployant une pluie énervée, donnant l’impression de s’être trop longtemps retenue et qui avait pour seul objectif d’avaler Brazzaville.
Il a plu comme s’il s’agissait d’un règlement de comptes, il ne s’est même plus agi d’une pluie mais de tout un monde qui a atterri sur les têtes des lève-tôt de Brazzaville, élèves et travailleurs. Il a plu comme si Dieu lui-même voulait éprouver la résistance des os, de la chair et de la peau des Brazzavillois, et comme s’il voulait s’assurer lui-même de la solidité des marques de parapluie.
Au-delà de ce spectacle morsure-à-la-chair, il s’agissait peut-être aussi d’un spectacle mort-à-l’âme car la pluie à Brazzaville n’était malheureusement pas, par négligence, un signe de bénédiction et l’on se souviendra du drame de la saison des pluies dernière qui aura emporté plus d’une âme à Brazzaville.
Aux maux extrêmes s’ajoutent ceux réguliers et récurrents d’une saison de pluie à l’autre qui font que les populations des quartiers comme Casis, Simba pelle, Mayanga ne savent déjà plus depuis lundi à quel saint se vouer, pour un nouveau cycle de maux qui auraient pu être prévenus. Quant aux travaux de la voirie du centre-ville entamés juste à l’orée de la saison des pluies, ne seront-ils pas entravés par l’arrivée de celles-ci ?
La grogne, elle, monte du côté du marché Total où les chauffeurs et contrôleurs de bus pataugent dans une boue qui rend l’accostage des clients délicat, difficile et parfois dangereux à cause du risque des glissades augmentées par les bousculades.
Antoine, chauffeur de bus de 52 ans, déplore l’insalubrité à laquelle nul ne devrait s’accoutumer et qui complique son labeur quotidien : “ Avant de commencer notre service, nous prenons soin de nos véhicules. Mais une fois qu’on arrive au Terminus de Total, tout est à refaire. Le directeur du marché Total, s’il y en a un, ou la mairie de Bacongo devrait vraiment se pencher sur cette situation. Si en une pluie, on a à faire à un tel spectacle, comment va -t-on faire au bout de dix pluies et jusqu’à la fin de la saison? “
samedi 25 avril 2026
Haikus
vendredi 24 avril 2026
Malade
lundi 20 avril 2026
Ma ruelle
5h58 à Brazzaville
Il est actuellement 5h58, nous sommes dimanche matin et je suis réveillé depuis 3h30 du matin. Pourquoi ?
Avant-hier, une scène déjà anormale mais qui m’est devenue banale se présente alors que je rentre de soirée vers minuit : il n’y a plus de courant. C’est le quotidien de millions de personnes à Brazzaville. Mais dans ma rue, nous avons généralement du courant la nuit, ce qui est clairement un flex. La journée en revanche nous avons moins de chance.
Donc avant-hier il n’y a pas d’électricité. Soit. Demain matin je suis garantie d’en avoir, puisque nous avons dans mon immeuble un groupe électrogène qui tourne de 6h à 8h et de 18h à 23h. Mes réserves d’eau sont assez basses, et qui dit pas électricité dit pas de surpresseur donc pas d’eau. Mais puisque j’ai cet approvisionnement en électricité garanti, je ne tiens pas mes réserves très à jour.
Mais le matin venu, pas de courant. Je me lave mes cheveux, mes réserves ne consistent plus qu’à environ 10 L d’eau maintenant. Je me rends compte que j’ai fait une grosse erreur à ne pas avoir pris le besoin de réserves plus au sérieux.
Je discute avec les gardiens, qui me disent que nos réserves de carburant sont à sec et que peut être le carburant sera livré dans la journée.
La journée se passe, je reviens vers 17h et je m’enquiers du carburant. Toujours pas. En cause : la caisse de cotisation de l’immeuble est vide ! Je pense à mon eau. Je peste contre le syndic. Je dois absolument avoir de l’électricité. Je passe plusieurs coups de fils pour rallier une cotisation pour acheter du carburant. Le gardien part à la chasse avec deux bidons de 25 L.
Je sors rejoindre mes amis dans un ngandas, un bar de rue. Il y a du courant dans ce quartier de la ville. Je mets mon téléphone à charger avec une dizaine d’autres personnes à la multiprise du bar. Mes amis Congolais rient en disant « Bienvenue au Congo ! Là c’est la pure expérience Brazzavilloise ! ».
Quand je rentre, je croise le gardien avec les bidons vides. Il y a pénurie. Trop de coupures actuellement, les groupes tournent à fond partout dans la ville.
Il m’apporte un sceau d’eau récupéré dans la résidence d’à côté qui a encore son groupe qui tourne pour que je puisse me doucher et utiliser mes toilettes.
Je me couche dépitée. Je sue à grosses gouttes alors que je ne fais pas le moindre effort. Aucune brise fraiche ne rentre par ma fenêtre ouverte. J’éteins mon téléphone pour conserver sa batterie.
La nuit, je me réveille et je me sens vraiment très bien. Il fait frais. Je dis qu’il a dû pleuvoir pour que la température chute autant. Je me sens si confortable. Puis une lumière verte me fait bondir de joie et de mon lit : la clim est allumée ! Le courant est revenu !
Je saute du lit et me précipite dans ma salle de bain. Je remplis ma grosse réserve d’eau, et un bidon de 10L de super secours. Je mets à charger mes appareils électroniques. Je fais le tour de l’appartement pour éteindre les lumières qui se sont allumées un peu partout. Je vide le bac de récupération de l’eau du congélateur, qui avait eu le temps de complètement dégivrer.
Je me rallonge dans mon lit, il est bientôt 4h.
Je tente de me rendormir.
Je sais que je ne vais pas y parvenir.
(et l’ironie magnifique est que dès que j’ai fermé mon ordinateur, le courant s’est coupé. Et une vague de chaleur n’a pas tardé à me recouvrir lentement)
| Gros réservoir vert + bidon de 10 L + bidon de 6L. Les réserves d'eau sont pleines. La leçon est apprise. |
Premier dimanche à Brazzaville
Ce tout premier dimanche de mon expérience congolaise, j’ai un but en tête : acheter des légumes.
Pour mes premiers jours ici je loge dans la maison d’accueil d’un couvent et école catholique. La maison est très propre et entourée d’un magnifique jardin. Toutes sortes de personnes passent par-là : invités européens de la paroisse, familles en route pour la RDC, des prêtres, etc. Et moi !
| Le jardin chez les sœurs |
Tous les soirs j’entends les sœurs chanter de leurs belles voix.
Dimanche, tout cela prend une nouvelle ampleur : nous sommes jour de messe.
La République du Congo est une nation pieuse. La nation a débuté comme république communiste, mais la religion a toujours été sa boussole. Toutes les connexions sont représentées mais la majoritaire est la chrétienne, avec toutes les déclinaisons possibles.
Je suis réveillée par plusieurs messes simultanées entonnées aux micros des églises environnantes. Et quelle ferveur !
Je croise des hommes qui me demandent si je me rends à la messe. Non, je vais juste prendre mon petit déjeuner. Mon athéisme me rend un peu coupable, alors pour me donner bonne conscience et rester dans les bons papiers de ces bons hommes, je leur dis que je viens d’arriver et que je n’ai pas encore trouvé de paroisse.
Après avoir demandé ma confession, ils me disent que je suis au bon endroit et que je devrais m’adresser aux sœurs. Ils me bénissent par de belles phrases poétiques.
Je m’extirpe de cette discussion. Aujourd’hui mon objectif est d’aller au marché Total. Je veux être autonome en nourriture et ne pas toujours manger à l’extérieur car le service est vraiment très long, et la nourriture bien que très bonne est un peu grasse pour une consommation quotidienne. La veille j’ai essayé de trouver des fruits et légumes au marché de Poto-Poto, mais 1h de déambulation dans les rues bondées n’ont pas suffi pour trouver le quartier de la nourriture ! On m’a bien dit que c’était plus loin au fond, mais plus je m’engouffrais dans les entrailles du marché, plus le chemin du retour s’allongeait. Je continuais d’avancer et j’espérais trouver mon bonheur au coin de la prochaine rue, mais au final j’ai capitulé et suis rentrée bredouille.
Qu’à cela ne tienne, j’irai donc tenter le marché Total. Je dois prendre le taxi pour m’y rendre, mais on m’a dit que là-bas le marché je suis garantie de trouver des aliments. Je fais des recherches et comprends que le marché se trouve dans un bâtiment à étages. Je me rends donc au marché Total, et je découvre qu’en réalité est également gigantesque et s’étend sur tout un quartier tentaculaire, bien au-delà du bâtiment de 2 étages.
L’expérience est très intense. Le sol est très boueux à cause des récentes pluies. On m’appelle de tous les côtés. Ça sent fort le poisson grillé. Je tourne en rond pour trouver tout ce que je veux. Je porte une chaussette de contention avec mes sandales suite à ma grosse entorse, et à chaque coin de rue on me demande pourquoi je ne porte qu’une chaussette. Puis le marché me recrache sur l’avenue goudronnée principale, qui est aussi le point névralgique du réseau de bus de Brazzaville.
Je hèle un taxi et rentre chez moi épuisée et absolument trempée, mais contente de bientôt pouvoir manger de petites salades.
| L'extérieur de marché Total, le long de l'avenue |