lundi 11 mai 2026

La saison des pluies à Brazzaville

Au Congo nous avons aussi quatre saisons, mais elles sont bien différentes de celles des latitudes tempérées. 

L'année commence par une petit saison sèche pendant les mois de janvier et février. Bien qu'elle ait le nom de sèche, le climat reste tout de même humide. Nous sommes près de l'équateur, dans la ceinture verte qui encercle le globe. Des pluies restent quand même possibles, en gros orages. 
Puis la petite saison des pluies suit, jusqu'au mois de mai-juin. Les pluies sont assez intermittentes, plutôt en fin de journée et pendant la nuit, et suivent les journées de chaleur écrasante, où j'accueille la fraîcheur de la pluie avec soulagement. 
De juin à septembre c'est la grande saison sèche. Il fait relativement froid (21-24°C) et gris. Cette saison est très appréciée car elle permet de souffler un peu et autorise les Congolais à sortir leurs doudounes préférées et apporte un nouveau sujet de conversation : le froid !
L'année se finit par la grande saison des pluies.

Pour l'instant, je n'ai vécu que le Congo de la petite saison sèche et de la petite saison des pluies. 

Ce que j'aime avec la pluie au Congo, c'est qu'elle a l'amabilité de prévenir de sa venue. Si tout à coup vous vous faites surprendre par de grand bourrasques de vent, c'est que vous avez 15 à 30 minutes avant que l'orage ne s'abatte sur la ville. Il faut alors braver le sable des rues porté par le vent, avancer presque à l'aveugle en se protégeant les yeux et déguerpir au plus vite. Car quand la pluie est là, elle ne pardonne pas, et dans une ville avec des routes en mauvais état comme Brazzaville, elle peut paralyser la ville. 

Il n'est aussi pas rare d'entendre l'orage gronder et les éclairs illuminer la RDC, sans qu'une goutte ne s'abatte sur Brazzaville. Car nous sommes dans une des zones où la foudre frappe le plus fréquemment au monde. 

Quand je faisais des recherches depuis la France sur la saison des pluies à Brazzaville, je suis tombée sur cet article haut en couleurs de 2023 auquel je pense souvent pour sa poésie et sa justesse :

Retour des pluies à Brazzaville : à quoi s’en tenir ?

Jeudi 19 Octobre 2023

Répondant à un cycle naturel, la saison des pluies a succédé à une saison sèche qui semblait ne plus en finir à cause des chaleurs accablantes des après-midi et des fins de soirée. Pourtant, le retour de la pluie a été spectaculaire, presque irréel et s’annonce impitoyable pour la ville de Brazzaville qui ne se sera pas, une fois de plus, préparée à l’accueillir.

Après trois mois de saison sèche, de poussière et de moiteur, disons-le de suffocation, la saison des pluies qui s’annonçait en prodromes par des averses courtes, légères, fines aux impressions tactiles presque imperceptibles a laissé place à un ciel lourd le lundi matin, tellement sombre qu’on a cru que le soleil ne se lèverait pas ce jour-là.

Les écluses des cieux se sont ouvertes aux alentours de 07h15, déployant une pluie énervée, donnant l’impression de s’être trop longtemps retenue et qui avait pour seul objectif d’avaler Brazzaville.

Il a plu comme s’il s’agissait d’un règlement de comptes, il ne s’est même plus agi d’une pluie mais de tout un monde qui a atterri sur les têtes des lève-tôt de Brazzaville, élèves et travailleurs. Il a plu comme si Dieu lui-même voulait éprouver la résistance des os, de la chair et de la peau des Brazzavillois, et comme s’il voulait s’assurer lui-même de la solidité des marques de parapluie.

Au-delà de ce spectacle morsure-à-la-chair, il s’agissait peut-être aussi d’un spectacle mort-à-l’âme car la pluie à Brazzaville n’était malheureusement pas, par négligence, un signe de bénédiction et l’on se souviendra du drame de la saison des pluies dernière qui aura emporté plus d’une âme à Brazzaville.

Aux maux extrêmes s’ajoutent ceux réguliers et récurrents d’une saison de pluie à l’autre qui font que les populations des quartiers comme Casis, Simba pelle, Mayanga ne savent déjà plus depuis lundi à quel saint se vouer, pour un nouveau cycle de maux qui auraient pu être prévenus. Quant aux travaux de la voirie du centre-ville entamés juste à l’orée de la saison des pluies, ne seront-ils pas entravés par l’arrivée de celles-ci ?

La grogne, elle, monte du côté du marché Total où les chauffeurs et contrôleurs de bus pataugent dans une boue qui rend l’accostage des clients délicat, difficile et parfois dangereux à cause du risque des glissades augmentées par les bousculades.

Antoine, chauffeur de bus de 52 ans, déplore l’insalubrité à laquelle nul ne devrait s’accoutumer et qui complique son labeur quotidien : “ Avant de commencer notre service, nous prenons soin de nos véhicules. Mais une fois qu’on arrive au Terminus de Total, tout est à refaire. Le directeur du marché Total, s’il y en a un, ou la mairie de Bacongo devrait vraiment se pencher sur cette situation. Si en une pluie, on a à faire à un tel spectacle, comment va -t-on faire au bout de dix pluies et jusqu’à la fin de la saison? “

Princilia Pérès

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