Je suis rentrée pour les vacances.
J'ai senti l'air du lac dès que je suis sortie de l'avion. Cette odeur douce d'algue fraiche.
L'air était si pur, le ciel si bleu, que j'ai eu l'impression de mettre des lunettes pour la première fois depuis 6 mois, de voir autour de moi en 4K.
Je suis redevenue impersonnelle, anonyme même dans la petite ville où j'ai grandi. J'ai retrouvé la profusion, le confort, l'ordre, la conformité-
J'ai pensé à mon quartier si vivant où je connais tout le monde. Ils m'ont terriblement manqué.
J'ai pensé aux plaies d'enfants que j'ai pansées, aux personnes qui vivent au jour le jour avec presque rien, aux écoles dans lesquelles je travaille. Ca m'a déchirée.
J'ai eu beaucoup de mal à me réadapter. Comme une culpabilité, une colère, un profond sentiment d'injustice.
Ca m'a tiraillé l'esprit, m'a parfois paralysée, et m'a littéralement rendue malade. Une souffrance constante, fatigue et une douleur qui ne me laissaient pas profiter complètement, comme pour ne jamais que j'oublie ce que j'ai laissé au Congo.
Les vacances ont quand même été belles, le retour à la maison, les retrouvailles avec ceux qui me sont chers, et de magnifiques vacances.
Puis je suis repartie. Cette fois avec une énorme angoisse de retrouver la confrontation quotidienne à la misère, les coupures de courant, la chaleur, la poussière, le manque, la charge mentale énorme. Et de répéter comme un mantra que les six premiers mois j'ai été heureuse malgré le chaos, que je suis bien entourée, que tout va bien se passer.
Et je suis rentrée. J'ai pris un taxi dans lequel une rumba résonnait. J'ai été accueillie comme une reine dans ma rue, comme jamais je ne le serai à Evian. Je suis allée manger et j'ai croisé un ami. Toutes les bonnes raisons d'être ici me sont revenue. C'est reparti pour les derniers 5 mois et demi. Ca va passer vite.
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